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Vient de paraître

Sommaire : Carnaval à Sigmaringen (mars 1945) – Malaparte et Céline – Quand Kaminski taillait un costume à Céline – Raymond Giancoli dans sa correspondance avec Albert Paraz.

Céline, Vailland et Chamfleury

Andrea Lombardi est sans nul doute le célinien le plus actif d’Italie. Outre un blog entièrement dédié à son auteur de prédilection, on lui doit plusieurs ouvrages dont une superbe anthologie, richement illustrée, éditée en 2016 par son association culturelle “Italia Storica”. Depuis plusieurs années, il n’a de cesse de rendre accessible au lectorat italien des textes peu connus de Céline (dont sa correspondance) mais aussi des témoignages et des études littéraires qu’il réunit dans des ouvrages de belle facture.

Aujourd’hui, il publie une plaquette réunissant les pièces du dossier polémique qui opposa Céline à Roger Vailland. Celui qui joua le rôle d’arbitre fut Robert Chamfleury (1900-1972), de son vrai nom Eugène Gohin. Comme chacun sait, il était locataire de l’appartement juste au-dessous de celui de Céline, au quatrième étage du 4 rue Girardon, à Montmartre. Après la guerre, il réfutera Vailland et affirmera que Céline était parfaitement au courant de ses activités de résistant. Au moment critique, Chamfleury lui proposa même un refuge en Bretagne. Dans une version antérieure de Féerie pour une autre fois, Céline le décrit (sous le nom de “Charmoise”) « cordialcompréhensif, conciliant, amical ».  Sa personnalité est aujourd’hui mieux connue : parolier et éditeur de musique, Robert Chamfleury était spécialisé dans l’adaptation française de titres espagnols ou hispano-américains. Il fut  ainsi une figure marquante de l’introduction en Europe des compositeurs cubains, et des rythmes nouveaux qu’ils apportaient. Il travaillait le plus souvent en duo avec un autre parolier, Henri Lemarchand. Lequel préfaça La Prodigieuse aventure humaine (1951, rééd. 1961) de son ami qui, sur le tard, rédigea plusieurs ouvrages de vulgarisation scientifique et de philosophie des sciences. Céline lui accusa réception avec cordialité de cet ouvrage et l’invita à venir le voir à Meudon. Dans sa plaquette, Andrea Lombardi reproduit la version intégrale de la lettre que Chamfleury adressa au directeur du Crapouillot, telle qu’elle parut, pour la première fois, dans le BC en 1990.

Un biographe de Céline a admis qu’il a fait preuve de « suspicion systématique » [sic] envers son sujet ¹. C’est aussi le seul à avoir mis en cause le témoignage de Chamfleury, instillant même le doute sur ses activités de résistant. Les auteurs du Dictionnaire de la correspondance de Céline précisent, eux, qu’il « appartenait au bloc des opérations aériennes, responsable donc de nombreuses missions de parachutage ». En fait, c’est plutôt le témoignage de Roger Vailland qu’il eût fallu mettre en question. Dans un livre de souvenirs publiés en 2009, Jacques-Francis Rolland, qui appartenait au même réseau de résistance que Vailland, le qualifia de « mélange de forfanterie, d’erreurs, de fausses assertions, affligé par surcroît d’un  style indigne de l’auteur qui n’était manifestement pas dans son état normal lorsqu’il bâcla son pensum, l’un des pires de sa “saison” stalinienne » ².

• Andrea LOMBARDI (éd.), Céline contro Vailland (Due scrittori, una querelle, un palazzo di una via di Montmartre sotto l’Occupazione tedesca), Eclettica, coll. “Visioni”, 2019, 83 p., ill. Traduction des textes français : Valeria Ferretti. Couverture illustrée par Jacques Terpant (10 €)

  1. Propos recueillis de Philippe Alméras in Maroc Hebdo International, 5-11 octobre 1996.
  2. Jacques-Francis Rolland, Jadis, si je me souviens bien, Le Félin, coll. « Résistance-Liberté-Mémoire », 2009. Voir aussi « Roger Vailland l’affabulateur » in BC, n° 313, novembre 2009, pp. 4-8. Rolland et Vailland, qui appartenaient au réseau de résistance “Mithridate », se réunissaient régulièrement dans l’appartement de Chamfleury.

Vient de paraître

Sommaire : Céline et ses classiques – Du côté des revues – Une lettre de Céline à Maurice Nadeau – Le juif négrite – Hommage à Anne Henry.

Bibliographies

Un ami, qui détient la collection complète du BC, m’écrit ceci : « À quoi sert ton Bulletin célinien ? Il n’y a pas de tables, pas d’index, il n’y a rien. Ce Bulletin est un cimetière où personne ne s’aventure. Ton Bulletin n’existe pas. Il ne sert à rien, ni à personne. » C’est rudement exprimé, un peu outrancier mais pas complètement faux. Il est clair que, pour s’y retrouver dans cet océan de milliers de pages, une liste alphabétique des auteurs (avec les sujets traités), voire un index thématique, s’avère indispensable ¹. Le projet est à l’étude mais il devra d’abord faire place, d’une part, à l’édition prochaine d’un livre de et sur Drieu la Rochelle ², puis à notre bibliographie sur Céline dont les souscripteurs attendent, résignés, la parution depuis l’année du cinquantenaire du décès de l’écrivain ³. Encore faut-il préciser que cette bibliographie a été continûment mise à jour et donc enrichie d’une demi-douzaine d’années complémentaires. Pour mémoire, cet ouvrage recensera tous les livres sur Céline parus dans toutes les langues (mais pas les articles de presse, hormis ceux figurant dans les numéros spéciaux de revues), les thèses universitaires (publiées ou non), les émissions radiophoniques et télévisées, ainsi que les entretiens accordés par Céline dès lors qu’ils ont fait l’objet d’un enregistrement. Même critère pour les adaptations théâtrales et lectures de l’œuvre. Sans omettre la documentation disponible sur Internet (conférences, débats, entretiens, etc).

À l’issue du premier colloque de la Société d’études céliniennes, qui se tint à Oxford en 1975, Jean-Pierre Dauphin (†) notait que « les omissions, les inexactitudes et les duplications paresseuses de ses références critiques font de la bibliographie la parente pauvre des études céliniennes 4. »  Le constat  se vérifie encore aujourd’hui même si, précisément grâce à Dauphin, on dispose, entre autres trésors, d’une remarquable bibliographie de l’œuvre, actualisée il y a quatre ans 5. En ce qui concerne les bibliographies secondaires, le champ d’investigation  est  encore plus étendu 6. Sans doute serait-il superflu de recenser de manière exhaustive les innombrables articles de presse parus depuis la mort de l’écrivain. En revanche, il serait utile de répertorier, dans un volume spécifique, les études et articles de fond parus en revue, tel que le font chaque année, pour l’ensemble des écrivains français, la Revue d’histoire littéraire de la France (Paris), la Bibliographie der französischen Literaturwissenschaft (Francfort), et la French XX Bibliography (Selinsgrove, Pennsylvanie). Vaste travail !…

  1. Une table et un index des 400 numéros du BC constitueraient un fort volume même si on se “limite” à une liste des auteurs et des titres de leurs études & articles, à l’instar de ce que vient de faire l’excellente Revue littéraire (éd. Léo Scheer) qui édite un index des 75 (premiers) numéros parus de 2004 à 2018.
  2. Pierre Drieu La Rochelle, La France, pays de la démesure (et autres textes parus dans la presse belge, 1940-1944), édition établie par Arina Istratova et Marc Laudelout, Éd. Pardès (à paraître).
  3. Arina Istratova & Marc Laudelout, Tout sur Céline, Le Bulletin célinien (à paraître).
  4. Jean-Pierre Dauphin, « Contribution à la bibliographie célinienne » in Actes du Colloque d’Oxford, 22-25 septembre 1975, p. 134. C’est à la suite de ce colloque que fut fondée la Société d’Études céliniennes.
  5. La Bibliographie des écrits de Louis-Ferdinand Céline, 1918-1984, due à Jean-Pierre Dauphin et Pascal Fouché, a été publiée en 1985. Elle s’est vue actualisée (et enrichie) en 2015 par Alain de Benoist dans sa Bibliographie internationale de l’œuvre de Céline.
  6. La Bibliographie des articles de presse et des études en langue française consacrés à L.-F. Céline de J.-P. Dauphin s’arrête à l’année de la mort de Céline ; celle de Stanford L. Luce et William K. Buckley, A Half-Century of Céline. An Annotated Bibliography, 1932-1982, éditée à New York, remonte à plus de trente ans.

Vient de paraître

Sommaire : Maurice Nadeau et Céline – L’énigme Pucheu – Deux lettres de Pierre Monnier à Albert Paraz – Le grand amour d’Arletty.

Moisson printanière

Marre de Céline ! Ils ne supportent plus de le voir considéré comme l’un des plus grands écrivains du siècle dernier, ni qu’il soit pléiadisé, ni que des livres le concernant envahissent les librairies. Dommage pour eux : la moisson printanière s’avère copieuse. Pas moins d’une dizaine de livres à lui consacré paraissent ces jours-ci. Nous y reviendrons le mois prochain mais nous nous proposons de les passer d’ores et déjà en revue. Il y a d’abord les publications scientifiques. Dont les actes du XXIIe colloque de la Société d’études céliniennes, qui s’est tenu l’été dernier à Paris, avec pour thème Céline et le politique.  Ce volume de près  de 300 pages sera adressé à tous les membres de la SEC en règle de cotisation pour cette année. Les Presses Universitaires de Montréal nous proposent la thèse de doctorat de Bernabé WesleyL’oubliothèque mémorielle de L.-F. Céline, soutenue il y a deux ans. Cet essai se veut une analyse des symboles, des motifs et des usages de l’amnésie collective de la société française d’après-guerre telle qu’elle est mise en scène dans ses derniers romans. Ce céliniste de la nouvelle génération examine leur inventivité linguistique, leur humour, leur étrangeté, parfois, et surtout leur portée critique à l’égard des représentations de la mémoire d’une société voulant oublier la guerre qui vient de s’achever, tout en en gardant à jamais le souvenir. Sous le titre Louis-Ferdinand Céline. Récurrence lexicale et poésie du style dans Voyage au bout de la nuit (L’Harmattan), Bianca Romaniuc-Boularand livre une subtile analyse de la poétique célinienne. L’auteur articule son analyse autour de la notion de rythme, envisagé comme essence de la poésie, et démontre que le rythme célinien est, en grande partie, affaire de récurrences lexicales, autant formelles que sémantiques. C’est une étonnante approche géographique et littéraire, servie par un style d’écrivain, que nous offre Pierre GrouixFerme du bois clair (Céline, Danemark, 1948-1951) passe au peigne fin les moindres petits faits de ce que fut la vie de l’écrivain en exil (Éd. du Bourg). Cet ouvrage confine à l’enquête biographique la plus rigoureuse où les détails les plus ténus font sens. Après avoir lu ce livre, les céliniens ne confondront plus Klarskovgaard et Korsør, ni Fanehuset et Skovly. Autre lieux évocateurs : Douala, Bikomimbo et Dipikar.  Louis Destouches vécut moins d’un an au Cameroun mais la période fut décisive. Pierre Giresse, professeur de géologie qui a longtemps vécu dans ses contrées, signe un Céline en Afrique (Du Lérot), richement illustré, qui invite le lecteur à revisiter la nature tropicale et ses habitants, familiers aux lecteurs de Voyage au bout de la nuit. Marc Hanrez, pionnier du célinisme, rassemble ses études sous le titre Céline et ses classiques (& autres essais). La partie qui a donné son titre à ce recueil constitue une approche de Céline à travers les auteurs, poètes et artistes qui le captivaient ou qui l’intriguaient. De Villon à Diderot, de Shakespeare à Voltaire, de Jules Vallès à Léon Bloy, de George Sand à Paul Morand…, de Bosch à Breughel… défile un patrimoine imaginaire qui a marqué Céline (Éd. de Paris-Max Chaleil).Signalons enfin la sixième réédition de l’inusable Céline en chemise brune d’Hanns-Erich Kaminski (1938) mais qui offre, cette fois, l’avantage d’être la première à corriger les erreurs de composition de l’édition originale. Bonnes lectures !

Également paru : Quatre histoires intimes d’écrivains pour la radio (Zweig, Yourcenar, Céline, Aragon) de Léo Koesten (L’Harmattan, 152 p.). Il s’agit de pièces radiophoniques diffusées sur France-Inter. Celle concernant Céline a été diffusée en 2017 (émission “Affaires sensibles” de Fabrice Drouelle).