Vient de paraître


Sommaire : Sur un colloque oublié – Céline et Maurice Nadeau (suite) – Baryton et Parapine – Malraux (Alain) salue « le médecin des pauvres » – Un éditeur sous l’Occupation – Quand Dubuffet voulait aider Céline – Le doyen des célinistes se souvient.

Cahiers de prison

Un abonné m’écrit : « J’avais déjà lu et apprécié les cahiers de prison dans L’Année Céline, puis dans l’édition de Henri Godard avec fac-similés. J’ai pourtant l’impression d’en découvrir de nouvelles richesses dans les Cahiers Céline. Est-ce le format, la continuité du texte, la qualité des annotations de Jean-Paul Louis ? Toujours est-il que c’est à cette édition que je retournerai le plus volontiers, et je la recommande à tous les céliniens. » L’intérêt de cette édition se trouve ainsi parfaitement résumé. Si ce corpus était déjà connu des céliniens, le fait que toutes les parties en soient réunies en un seul volume constitue une heureuse initiative.Rappel des faits  : c’est le 17 décembre 1945 que Céline est arrêté, les autorités françaises ayant demandé son extradition après avoir appris sa présence à Copenhague.  Incarcéré à la prison de l’Ouest (essentiellement cellule 609, section K), Céline demande de quoi écrire. L’administration pénitentiaire lui fournit dix cahiers d’écolier de 32 pages avec comme consigne impérative de ne pas écrire sur l’affaire dont il est justiciable. Il n’en tiendra évidemment pas compte et, de février à octobre 1946, rédigera un ensemble de notes sur sa défense et ses accusateurs mais aussi sur d’autres sujets : épisodes de sa vie, conditions de réclusion, synopsis et esquisse pour des romans à venir, citations extraites de ses nombreuses lectures d’emprisonné qui lui permettent de tenir. Dans une préface éclairante Jean-Paul Louis relève que ces cahiers illustrent la transition célinienne vers ce qu’il  nomme la « seconde révolution narrative et stylistique ». Laquelle s’engage par ce chef-d’œuvre, piètrement accueilli à son retour en France et encore méconnu aujourd’hui : Féerie pour une autre fois.  Il  faut  saluer le soin avec lequel le texte a été établi et la qualité des annotations dont les connaisseurs avaient déjà en partie connaissance par trois livraisons de L’Année Céline, parues de 2007 à 2009. Comme on s’y attend, les formules incisives surgissent sous la plume du prisonnier. Florilège : « À Sigmaringen les réfugiés bouffent de la chimère » – « Moi aussi la Sirène d’Andersen m’a fait venir à Copenhague et puis elle m’a assassiné. » – « Je me sens tout à fait absous pour mes errements passés, mes cavaleries polémiques lorsque je vois avec quelle furie, quelle lâcheté, quelles effronteries, mes adversaires m’accablent à présent que je suis vaincu. » – « Je suis peut-être un des rares êtres au monde qui devraient être libres, presque tous les autres ont mérité la prison par leur servilité prétentieuse, leur bestialité ignoble, leur jactance maudite. » – « Pendant 4 ans il a fallu louvoyer au bord de la collaboration sans jamais tomber dedans. » – « Il n’y a pas d’affaire Céline mais il y a certainement un cas Charbonnières, furieux petit diplomate halluciné de haine. » – « Les discours m’assomment, les danseuses m’ensorcellent. »

De ces cahiers de prison se dégagent beaucoup d’émotion et de rage mêlées. On imagine ce que cette incarcération a représenté pour Céline qui, de bonne foi, se considérait injustement traité. Ils constituent à la fois un document littéraire de premier ordre et une part intimiste de l’œuvre aussi poignante que révélatrice d’un être victime de son tempérament d’écrivain de combat.

• Louis-Ferdinand Céline, Cahiers de prison (février-octobre 1946), Gallimard, coll. « Les Cahiers de la NRF » [Cahiers Céline n° 13], 2019, 240 p. (Diffusé par le BC, 25 € frais de port inclus).

Voir aussi : Henri Godard, Un autre Céline : de la fureur à la féerie. Deux cahiers de prison, Éd. Textuel, 2011.

Vient de paraître

Sommaire : Carnaval à Sigmaringen (mars 1945) – Malaparte et Céline – Quand Kaminski taillait un costume à Céline – Raymond Giancoli dans sa correspondance avec Albert Paraz.

Céline, Vailland et Chamfleury

Andrea Lombardi est sans nul doute le célinien le plus actif d’Italie. Outre un blog entièrement dédié à son auteur de prédilection, on lui doit plusieurs ouvrages dont une superbe anthologie, richement illustrée, éditée en 2016 par son association culturelle “Italia Storica”. Depuis plusieurs années, il n’a de cesse de rendre accessible au lectorat italien des textes peu connus de Céline (dont sa correspondance) mais aussi des témoignages et des études littéraires qu’il réunit dans des ouvrages de belle facture.

Aujourd’hui, il publie une plaquette réunissant les pièces du dossier polémique qui opposa Céline à Roger Vailland. Celui qui joua le rôle d’arbitre fut Robert Chamfleury (1900-1972), de son vrai nom Eugène Gohin. Comme chacun sait, il était locataire de l’appartement juste au-dessous de celui de Céline, au quatrième étage du 4 rue Girardon, à Montmartre. Après la guerre, il réfutera Vailland et affirmera que Céline était parfaitement au courant de ses activités de résistant. Au moment critique, Chamfleury lui proposa même un refuge en Bretagne. Dans une version antérieure de Féerie pour une autre fois, Céline le décrit (sous le nom de “Charmoise”) « cordialcompréhensif, conciliant, amical ».  Sa personnalité est aujourd’hui mieux connue : parolier et éditeur de musique, Robert Chamfleury était spécialisé dans l’adaptation française de titres espagnols ou hispano-américains. Il fut  ainsi une figure marquante de l’introduction en Europe des compositeurs cubains, et des rythmes nouveaux qu’ils apportaient. Il travaillait le plus souvent en duo avec un autre parolier, Henri Lemarchand. Lequel préfaça La Prodigieuse aventure humaine (1951, rééd. 1961) de son ami qui, sur le tard, rédigea plusieurs ouvrages de vulgarisation scientifique et de philosophie des sciences. Céline lui accusa réception avec cordialité de cet ouvrage et l’invita à venir le voir à Meudon. Dans sa plaquette, Andrea Lombardi reproduit la version intégrale de la lettre que Chamfleury adressa au directeur du Crapouillot, telle qu’elle parut, pour la première fois, dans le BC en 1990.

Un biographe de Céline a admis qu’il a fait preuve de « suspicion systématique » [sic] envers son sujet ¹. C’est aussi le seul à avoir mis en cause le témoignage de Chamfleury, instillant même le doute sur ses activités de résistant. Les auteurs du Dictionnaire de la correspondance de Céline précisent, eux, qu’il « appartenait au bloc des opérations aériennes, responsable donc de nombreuses missions de parachutage ». En fait, c’est plutôt le témoignage de Roger Vailland qu’il eût fallu mettre en question. Dans un livre de souvenirs publiés en 2009, Jacques-Francis Rolland, qui appartenait au même réseau de résistance que Vailland, le qualifia de « mélange de forfanterie, d’erreurs, de fausses assertions, affligé par surcroît d’un  style indigne de l’auteur qui n’était manifestement pas dans son état normal lorsqu’il bâcla son pensum, l’un des pires de sa “saison” stalinienne » ².

• Andrea LOMBARDI (éd.), Céline contro Vailland (Due scrittori, una querelle, un palazzo di una via di Montmartre sotto l’Occupazione tedesca), Eclettica, coll. “Visioni”, 2019, 83 p., ill. Traduction des textes français : Valeria Ferretti. Couverture illustrée par Jacques Terpant (10 €)

  1. Propos recueillis de Philippe Alméras in Maroc Hebdo International, 5-11 octobre 1996.
  2. Jacques-Francis Rolland, Jadis, si je me souviens bien, Le Félin, coll. « Résistance-Liberté-Mémoire », 2009. Voir aussi « Roger Vailland l’affabulateur » in BC, n° 313, novembre 2009, pp. 4-8. Rolland et Vailland, qui appartenaient au réseau de résistance “Mithridate », se réunissaient régulièrement dans l’appartement de Chamfleury.

Vient de paraître

Sommaire : Céline et ses classiques – Du côté des revues – Une lettre de Céline à Maurice Nadeau – Le juif négrite – Hommage à Anne Henry.

Bibliographies

Un ami, qui détient la collection complète du BC, m’écrit ceci : « À quoi sert ton Bulletin célinien ? Il n’y a pas de tables, pas d’index, il n’y a rien. Ce Bulletin est un cimetière où personne ne s’aventure. Ton Bulletin n’existe pas. Il ne sert à rien, ni à personne. » C’est rudement exprimé, un peu outrancier mais pas complètement faux. Il est clair que, pour s’y retrouver dans cet océan de milliers de pages, une liste alphabétique des auteurs (avec les sujets traités), voire un index thématique, s’avère indispensable ¹. Le projet est à l’étude mais il devra d’abord faire place, d’une part, à l’édition prochaine d’un livre de et sur Drieu la Rochelle ², puis à notre bibliographie sur Céline dont les souscripteurs attendent, résignés, la parution depuis l’année du cinquantenaire du décès de l’écrivain ³. Encore faut-il préciser que cette bibliographie a été continûment mise à jour et donc enrichie d’une demi-douzaine d’années complémentaires. Pour mémoire, cet ouvrage recensera tous les livres sur Céline parus dans toutes les langues (mais pas les articles de presse, hormis ceux figurant dans les numéros spéciaux de revues), les thèses universitaires (publiées ou non), les émissions radiophoniques et télévisées, ainsi que les entretiens accordés par Céline dès lors qu’ils ont fait l’objet d’un enregistrement. Même critère pour les adaptations théâtrales et lectures de l’œuvre. Sans omettre la documentation disponible sur Internet (conférences, débats, entretiens, etc).

À l’issue du premier colloque de la Société d’études céliniennes, qui se tint à Oxford en 1975, Jean-Pierre Dauphin (†) notait que « les omissions, les inexactitudes et les duplications paresseuses de ses références critiques font de la bibliographie la parente pauvre des études céliniennes 4. »  Le constat  se vérifie encore aujourd’hui même si, précisément grâce à Dauphin, on dispose, entre autres trésors, d’une remarquable bibliographie de l’œuvre, actualisée il y a quatre ans 5. En ce qui concerne les bibliographies secondaires, le champ d’investigation  est  encore plus étendu 6. Sans doute serait-il superflu de recenser de manière exhaustive les innombrables articles de presse parus depuis la mort de l’écrivain. En revanche, il serait utile de répertorier, dans un volume spécifique, les études et articles de fond parus en revue, tel que le font chaque année, pour l’ensemble des écrivains français, la Revue d’histoire littéraire de la France (Paris), la Bibliographie der französischen Literaturwissenschaft (Francfort), et la French XX Bibliography (Selinsgrove, Pennsylvanie). Vaste travail !…

  1. Une table et un index des 400 numéros du BC constitueraient un fort volume même si on se “limite” à une liste des auteurs et des titres de leurs études & articles, à l’instar de ce que vient de faire l’excellente Revue littéraire (éd. Léo Scheer) qui édite un index des 75 (premiers) numéros parus de 2004 à 2018.
  2. Pierre Drieu La Rochelle, La France, pays de la démesure (et autres textes parus dans la presse belge, 1940-1944), édition établie par Arina Istratova et Marc Laudelout, Éd. Pardès (à paraître).
  3. Arina Istratova & Marc Laudelout, Tout sur Céline, Le Bulletin célinien (à paraître).
  4. Jean-Pierre Dauphin, « Contribution à la bibliographie célinienne » in Actes du Colloque d’Oxford, 22-25 septembre 1975, p. 134. C’est à la suite de ce colloque que fut fondée la Société d’Études céliniennes.
  5. La Bibliographie des écrits de Louis-Ferdinand Céline, 1918-1984, due à Jean-Pierre Dauphin et Pascal Fouché, a été publiée en 1985. Elle s’est vue actualisée (et enrichie) en 2015 par Alain de Benoist dans sa Bibliographie internationale de l’œuvre de Céline.
  6. La Bibliographie des articles de presse et des études en langue française consacrés à L.-F. Céline de J.-P. Dauphin s’arrête à l’année de la mort de Céline ; celle de Stanford L. Luce et William K. Buckley, A Half-Century of Céline. An Annotated Bibliography, 1932-1982, éditée à New York, remonte à plus de trente ans.