Archives de l’auteur : Marc

Vient de paraître

Sommaire : Entretien avec Marie Vergneault-Gourdon – Emmanuel Carrère et Céline – Dans la bibliothèque de Céline : G (Galtier-Boissière, La Garçonne, La Gaule…) – Céline sur la Butte (1941) – Actualité célinienne – Point de vue : Céline l’inatteignable.

Feuilleton

C’est un feuilleton avec deux protagonistes : Marc-Édouard Nabe (qui réplique sur Internet) et votre serviteur (qui le fait ici). Cela divertit, paraît-il, et, cerise sur le  gâteau, fait de la publicité au BC. Rappelons les faits. Tout commence à l’automne 2021 lorsqu’une société de production d’émissions de télévision (fondée par le producteur Laurent Bon et le journaliste Yann Barthès) entreprend de réaliser un documentaire sur Céline¹. À charge évidemment. Raison pour laquelle ils sollicitent un expert en photographie pour visionner un reportage réalisé au printemps 1943 qui relate le voyage de Fernand de Brinon en Allemagne et en Pologne (où il se rend sur les lieux du massacre de Katyn). L’objectif étant d’identifier Céline dans ce film. L’expert concédera que, contrairement à Brasillach, celui-ci n’était pas du voyage mais affirme, contre toute vraisemblance, qu’il se trouvait à l’arrivée du train, le 29 juin 1943. Dans le but, renchérit Nabe de converser avec… Brasillach à propos précisément de Katyn ! Pure invention. L’expert fut abusé par un document des RG indiquant fautivement que Céline était présent à la gare de l’Est². L’évidence physionomique réfute cette thèse. Et Nabe, habituellement plus suspicieux, d’avaliser ce bobard³. On a beau lui apporter la preuve que Céline ne quitta pas Saint-Malo fin juin 43, rien n’y fait4. Cet été malouin fut consacré à l’écriture et il n’éprouva aucunement le désir d’entreprendre un trajet harassant pour questionner Brasillach sur Katyn, d’autant qu’il était amplement renseigné sur le sujet. Quant à la polémique qui, en 1939, l’opposa à Brasillach, on déplore, une fois de plus, la méconnaissance de Nabe dès qu’il est question de documents : il ignore le dossier que publia L’Année Céline en 20235. Et met dès lors au défi les “butineurs du Bulletin” de publier l’intégralité de ce que Céline écrivit alors à Brasillach. L’autre problème est qu’une discussion pondérée avec Nabe s’avère impossible. Dès qu’on le contredit, il s’abaisse aux insultes et autres gracieusetés6. Un exemple entre tous : dans un premier temps, il reproche avec grossièreté à Henri Godard de ne pas avoir publié la version inédite de Féerie sous le titre Au vent des maudits soupirs pour une autre fois (!). Lorsque je lui apprends que ce titre fautif amalgame deux titres envisagés par Céline (Au vent des maudits et Soupirs pour une autre fois)7, il incrimine une fois encore Godard, ne sachant pas que celui-ci dut s’incliner devant le choix de l’ayant droit. Mais Nabe ne doute jamais, assénant allégations fautives et invectives injurieuses avec aplomb. À tout prendre, je préfère les dénigrements d’un célinien enivré de selfies (égoportrait en français) qui se fit connaître en publiant les textes des autres. Si la gratitude n’est pas sa qualité première, au moins l’étalement de ses rancœurs ne sombre pas  dans la trivialité.
  1. « Céline : les derniers secrets », film de Élise Le Bivic et Paul Sanfourche.
  2. Voir M. L., « L’expert n’est plus aussi catégorique », Le Bulletin célinien, n° 466, octobre 2023, pp. 5-6.
  3. Il est à noter que Nabe est le seul célinien dans ce cas. Voir par exemple Jean-Luc Germain, « Ô vessies, ô lanternes… Réflexions sur quelques hallucinations audiovisuelles » in L’Année Céline 2021, Du Lérot, 2022, pp. 264-267.
  4. Rappelons que ce 29 juin 1943, Céline envoie de Saint-Malo une carte postale à Marie Canavaggia. Le lendemain, il adresse, également de Saint-Malo, une lettre à Henri Poulain.
  5. « Plusieurs états d’une lettre à Robert Brasillach » in L’Année Céline 2022, Du Lérot, 2023, pp. 23-28.
  6. Et ce dès le titre de son article : « Marc Laudelout, le connard du doute » (!), Nabe’s News, n° 34, 23 septembre 2025. Mais Nabe sait être courtois, par exemple quand il me priait de collaborer à un recueil critique consacré à l’un de ses livres (L’Affaire Zanini, Éd. Du Rocher, 2002), proposition que je déclinai d’ailleurs.
  7. Il lui aurait suffi de lire la correspondance de Céline à Lucette pour le savoir (lettre du 10 août 1946).

Vient de paraître

Sommaire : Nimier, un an avant – Hussard un jour… hussard toujours – Prince de la chronique – Entretien avec Marc Dambre et Alain Cresciucci – Esthète et solitaire. Les thébaïdes de Monsieur Nimier – Le Saint-Brieuc de Roger Nimier.

Pol et Roger

Les deux prénoms – Pol et Roger – font irrésistiblement songer au champagne que prisait tant le second. Quand Pol Vandromme m’a proposé, au mitan des années 80, d’éditer un livre sur les relations croisées entre Céline, Roger Nimier et Marcel Aymé, j’ai naturellement trouvé l’idée excellente. Cela a donné cet essai qui restitue admirablement l’amitié et l’estime qui liaient ces écrivains¹. C’est d’ailleurs Aymé qui présenta Nimier à Céline. Tout cela est connu ; ce qui l’est un peu moins, c’est l’amitié entre Pol, le hussard belge, et Roger l’Ariel, tel que le baptisa Céline. Terrible chagrin que celui qui terrassa l’auteur de La Droite buissonnière à l’automne 62. Cette lettre écrite après les obsèques en témoigne : « J’étais aux funérailles de Roger Nimier. Mais j’ai quitté Garches tout de suite pour me rendre à  Saint-Brieuc (avec Philippe Héduy, Antoine Blondin, et Jacques Perret), où avait lieu l’inhumation. (…) La disparition de Roger Nimier me laisse désemparé. Je suis, pour le moment, recru de fatigue et de chagrin. Nous voilà un peu plus seuls encore, et privés du meilleur d’entre nous (du plus fidèle, du plus fervent, du plus ingénieux), – ce qui n’arrange rien. »² Témoignage poignant qui fait désormais partie de l’histoire littéraire, tout comme la fameuse dédicace  « au maréchal des logis Destouches,  qui  paie aujourd’hui trente ans de génie et de liberté, respectueusement, le cavalier de 2e classe Roger Nimier, février 1949 »³. Cent ans exactement après sa naissance – il est né un 31 octobre –, ce numéro entend rendre hommage à celui qui contribua à la réhabilitation de Céline sur la scène littéraire. Il le fit d’une double façon : par ses articles dans la presse foisonnante de l’époque et par son rôle de conseiller littéraire chez Gallimard.   Céline lui en saura gré  comme en témoigne cette autre dédicace : « Vous serez toujours mon premier critique. Bon voyage et à bientôt cher Roger, fidèlement et amicalement. » Elle figure précisément sur son exemplaire de D’un château l’autre dont la réception critique n’eut pas été la même sans son entregent. Mais Nimier ne fut pas que cet intercesseur habile. Romancier, critique, scénariste, journaliste, ses talents multiples ne pouvaient que susciter la jalousie des ratés. Ceux qui furent regroupés sous la bannière des “hussards” n’étaient pas moins talentueux. Ayant confié un jour à Vandromme que, de ce cénacle, ce sont les romans de Jacques Laurent qui avaient ma préférence, je le vis tiquer : c’est qu’il ne lui avait pas pardonné certain propos condescendant à l’égard de Nimier. La fidélité de Pol envers Roger était sourcilleuse4.  Et je n’ai garde d’oublier  que c’est grâce à ce dernier que parut la première monographie consacrée à Céline5. Par sa mort tragique, Nimier demeure à jamais une figure de légende. Elle ne devrait pas estomper le merveilleux écrivain qu’il est. Puisse ce numéro susciter l’envie de découvrir une œuvre souvent mentionnée mais peu lue en définitive6.
  1. Pol Vandromme, Marcel, Roger et Ferdinand, Éd. de la Revue célinienne, 1984.
  2. Cf. Christian Dedet, Sacrée jeunesse (Chronique des sixties), Éd. de Paris, 2003, p. 416. Lettre reprise par l’auteur dans Roger Nimier, Antoine Blondin, Jacques Laurent et l’esprit hussard, P.-G. de Roux, 2012, p. 105.
  3. Dédicace sur un exemplaire des Épées envoyé au Danemark.
  4. Voir Pol Vandromme, Roger Nimier, Éd. Jacques Antoine, 1977. Réédité en 2002 aux éditions Vagabonde.
  5. Due à Marc Hanrez, elle parut en novembre 1961 dans la collection “La Bibliothèque idéale” de Gallimard.
  6. Mon appel à célébrer Nimier a été tellement bien entendu que tous les textes reçus ne peuvent trouver place dans ce numéro ; merci à Patrick Wagner (qui va également commémorer le centenaire de Nimier) de recueillir, en décembre prochain, ces textes dans sa revue Livr’arbitres.

Vient de paraître

Sommaire : Entretien avec Jean-Charles Huchet – Deux façons de citer Céline – Le Pont de Londres vu par Jules Van Erck (1964) – Roland Barthes et Céline – Dans la bibliothèque de Céline (Fables de La Fontaine – René Fauchois)

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Il est assez souvent question de Céline dans le journal de Jacques Henric publié récemment. L’auteur passa de la revue communiste Les Lettres françaises (dirigée par Aragon) à la revue Tel quel (dirigée par Sollers) qui s’énamoura, comme on sait, du maoïsme dans les années 70. Leur engagement militant n’empêcha ni Sollers ni Henric de défendre l’œuvre de Céline¹. Ce fut loin d’être le cas d’autres intellectuels de gauche qui se réclamaient aussi de l’avant-garde littéraire. Ils auraient pourtant dû vanter  la nouveauté de cette écriture  mais l’idéologie prit le dessus : malaisé pour eux de s’intéresser à un auteur à la fois anticommuniste, “collaborateur” et antisémite. Ce journal, qui jette une lumière crue sur le petit milieu germanopratin, comprend un passage du plus haut comique. En 1997, lors du vernissage d’une exposition au centre Pompidou, l’IMEC présenta dans ses vitrines quelques livres d’auteurs dont un fonds est hébergé par cet institut². Entre autres Céline (la documentation réunie jadis à Jussieu par Jean-Pierre Dauphin y avait été transférée quelques années auparavant). Lorsque l’écrivain Pierre Guyotat (1940-2020) constata que ses romans voisinaient ceux de Céline, il piqua une crise : « Ah non ! Pas question, Céline non ! ». Il récusa également Beckett (« Non ! Beckett, trop surfait ») et Genet (« Ah non ! Genet, littérature homosexuelle. ») Soit, qu’on les apprécie ou pas, trois écrivains de la modernité, comme l’on dit aujourd’hui. Cela me rappelle la polémique que  suscita  une tribune libre  de  Max Gallo  à la même époque³.  Paraphrasant Clemenceau à propos de la révolution française, ce déçu du mitterrandisme  n’avait pas craint d’affirmer, se référant à l’histoire nationale, qu’il était du côté de Sénanque et de Versailles, du côté de Jeanne et de Louis XIV, de Robespierre et de Napoléon. Et d’ajouter avec aplomb : « J’assume Thiers, Céline et Brasillach. » Que n’avait-il pas dit là ?! Il se fit sermonner par deux militants de gauche n’admettant pas qu’on assume “des figures emblématiques de valeurs et de pratiques politiques les plus contraires à la tradition de la République et de la gauche française4 Cette impossibilité à penser la France et à avaliser l’intégralité de son patrimoine n’est pas nouvelle. Gageons que si  Gallo eût proclamé  qu’il assumait,  par exemple,  Fouquier-Tinville, Ravachol et Thorez, cela n’eût suscité aucune protestation de leur part. Mais là, il s’agissait de tancer ceux qui ne voient pas que “Jeanne et Louis XIV, Robespierre et Napoléon, voire Moulin et de Gaulle”  n’ont pas “la même approche du fait national ”. On devine aisément quelles figures historiques ont leur préférence. Certainement pas l’Empereur qui déclarait, lui, que, de Clovis au comité de salut public, il assumait tout.  En littérature,  on ne se lasse pas de le répéter, les engagements,  voire les dérives, des uns et des autres, cèdent naturellement le pas à l’admiration pour le talent et dans certains cas le génie qui, seuls, font obstacle à l’oubli.

• Jacques HENRIC, Les Profanateurs. Journal (1971-2015), Plon, 2025 (30 €)

  1. Ce que lui reproche lourdement Michel Onfray dans son dernier livre, L’autre Collaboration, Plon, 2025. Voir Philippe Sollers, Céline, Écriture, 2009 et Jacques Henric, Louis-Ferdinand Céline, Marval, 1991.
  2. https://www.imec-archives.com/archives/fonds/002CEL
  3. Max Gallo, « Clovis et l’Euro », Le Monde, 9 décembre 1996.
  4. Éric Melchior et Jérôme Sulim, « Thiers, Céline, Brasillach : non, nous n’assumons pas ! », Le Monde, 15 février 1997. Repris in Céline. L’imprécateur, hors-série Le Monde, coll. “Une vie, une œuvre”, juin 2022 [rééd.], pp. 92-94.