Sommaire : In memoriam Patrice Espiau – Céline et ses éditeurs – Listes noires et épuration – James Salter, lecteur de Céline – Philippe Alméras, baroudeur des lettres – Lucette Almanzor dans Le Figaro – Céline au fil des pages.
Archives de l’auteur : Marc
Patrice Espiau
Il y a six ans, il avait eu l’initiative de rédiger, en collaboration avec une bibliographe professionnelle, l’inventaire de sa collection. Il l’avait naturellement conçu comme un hommage à Céline mais aussi aux céliniens, auteurs de tant ouvrages sur son auteur de prédilection : « Il me semble aujourd’hui nécessaire de témoigner en leur faveur, et décrire cette bibliothèque d’amateur est un modeste hommage de lecteur, à l’immense travail accompli par ces hommes et ces femmes, dont les pionniers ouvrirent une voie qui s’élargit avec les générations suivantes. »
Toute collection privée est appelée, tôt ou tard, à être dispersée. C’était d’ailleurs le vœu de Patrice qui ajoutait : « À présent, laissons le marteau battre la mesure, afin que ces patronymes connus, méconnus, oubliés ou à connaître, scintillent sous le meilleur feu des enchères, et qu’enfin leur soit accordée une gratitude triomphante ! ». Ces lignes enthousiastes révèlent sa personnalité modeste, s’effaçant derrière ceux qu’il estimait. Le plus bel hommage qui lui sera rendu consistera précisément en l’édition d’un beau catalogue de cette bibliothèque d’un amateur ô combien érudit. L’une de ses dernières joies fut de recevoir une dédicace de Marc Hanrez qu’il avait souhaitée pour en truffer la monographie parue en 1961 dans la collection « La Bibliothèque idéale ».
Mais Patrice ne se caractérisait pas seulement par sa passion célinienne. Il faudrait aussi évoquer son amour de la peinture, sa fidélité en amitié, son humour, son courage face à la maladie et surtout sa dévotion pour sa chère maman dont il s’occupa jusqu’à la fin avec une sollicitude admirable. C’était un homme de qualité dont le souvenir me restera cher.
Vient de paraître
Charles Dantzig (suite)
Au moins est-il lucide : « Je sais que, avec cet article, j’aurai encore les aimables céliniens contre moi. » Et pour cause : dès qu’il traite de Céline, Patrick Lefebvre, alias Charles Dantzig, n’écrit que des bêtises. Il avait déjà comparé la verve de l’écrivain à celle d’un chauffeur de taxi parigot. C’était recopier bêtement Malraux qui, dans un entretien avec Grover, proféra jadis cette énormité. Dantzig voit en Céline un écrivain populiste. On se croirait revenu au “Lagarde & Michard” de ma jeunesse. De la même manière, il se laisse abuser par les fameux trois points qu’il prend, figurez-vous, pour de banals points de suspension ¹. Avant d’écrire de telles inepties, le sieur Dantzig eût été avisé de lire les commentaires de Henri Godard. Lequel précise pertinemment que les trois points constituent plutôt « un silence ou un point d’orgue laissant se perpétuer les ondes » ². Nulle aposiopèse, nulle ellipse mais quelque chose de particulier propre à l’écriture célinienne.
Là où Dantzig se surpasse, c’est lorsqu’il affirme que « littérairement, Céline serait assez la traduction de l’expression anglaise “one-trick poney”. Un poney de cirque qui ne connaît qu’un tour. Il le fait bien, mais il ne sait que le refaire. » Insondable bêtise lorsqu’on sait que Céline est certainement l’écrivain français qui s’est le plus renouvelé. Quelle progression entre Voyage et Mort à crédit (qu’il mettra trois ans à écrire) ! Et quelle singulière métamorphose entre ce deuxième roman et Féerie pour une autre fois ! Qui dira à Dantzig qu’il serait bien inspiré de ne traiter que les sujets qu’il connaît ? Surtout pas Céline dont on se demande s’il en a lu intégralement un livre. Par ailleurs, il ne craint pas d’affirmer que « les céliniens tentent de cacher l’existence des écrits polémiques » alors qu’on ne compte plus sur ce thème les ouvrages précisément écrits par des céliniens. De toute évidence il ignore aussi que les pamphlets ont été republiés il y a quatre ans dans une édition scientifique de haut vol due à un professeur de l’Université de Nantes. Dantzig pérore en toute ignorance.
Concluons par une note badine: il a un jour confié qu’il rêvait d’écrire un roman où il y ait une drag queen. Reconnaissons que là au moins il se documente. Ainsi a-t-il récemment invité dans son émission un avocat au barreau de Paris qui se transforme régulièrement en créature ³. Une émission sur les danseuses, si chères à Céline, exigerait de Dantzig une préparation plus approfondie.
• Charles DANTZIG, Les Écrivains et leurs mondes, Robert Laffont, coll. «Bouquins», 990 p. (30 €). Ce volume comporte trois parties : « La guerre du cliché », « Dictionnaire égoïste de la littérature française » et « Ma République idéale » (inédit). Je me réfère au chapitre « l’affaire populisme », p. 103-115.
- C’est ainsi que, selon lui, Céline ne serait qu’un succédané : «Il y a une imposture de Céline styliste inédit quand son système de ponctuation et son supposé “style émotif”, loin de l’inventer, il les sort de Jules Laforgue.» Rien de neuf sous le soleil : pour une raison analogue, le regretté Paul Yonnet considérait que le devancier de Céline était Eugène Scribe. Quant à Paul Edel, il évoque la dette que Céline doit aux auteurs de Germinie Lacerteux auxquels il aurait emprunté les trois points [http://pauledel.blog.lemonde.fr/2016/11/07/de-la-nounou-de-leila-a-la-servante-germinie-des-freres-goncourt]
- Propos tenu dans l’émission «Décibels» de Jeanne-Martine Vacher, France Culture, 21 avril 2009. [https://www.youtube.com/watch?v=7VRiioKgGys]
- «Le secret professionnel des drag queens», France Culture, 23 octobre 2016. [https://www.franceculture.fr/emissions/secret-professionnel/le-secret-professionnel-des-drag-queens]
Vient de paraître
Philippe Alméras
• Philippe ALMÉRAS, Mémoire d’un siècle et de deux continents, Les Éditions de Paris / Max Chaleil, 2016, 480 p. (19 €)
- L’évolution du langage romanesque de Louis-Ferdinand Céline, University of California [Santa Barbara], 1971.
- Les idées de Céline, Université de Paris VII, 1987. Du même auteur, voir Voyager avec Céline, Dualpha, coll. « Politiquement incorrect », 2003.
- Je suis le bouc. Céline et l’antisémitisme, Denoël, 2000.
- Parmi ses livres, généralement peu lus par les céliniens, citons Un Français nommé Pétain (1995), Journal noir de l’Algérie indépendante (2001), De Gaulle à Londres (2001), Vichy, Londres, Paris (2002).